02/01/2014

Hannah Arendt et l'antisémitisme français

Hannah Arendt décrit l’antisémitisme français, base de pensée des philosophes des Lumières (in : Sur l’antisémitisme, Calmann-Lévy, 1973) 

 

Diderot fut le seul des philosophes français /au 18e siècle/ à ne pas être hostile aux Juifs (...)” (p.63)

 

Le meilleur terrain d’étude de l’antisémitisme en tant que mouvement politique, au 19e siècle, est la France, où, pendant près de dix ans, il domina la scène politique.” (p.101)

 

 “L’antisémitisme français, en outre, est plus ancien que ses homologues européens, de même que l’émancipation des Juifs remonte en France à la fin du 18e siècle.  Les hommes des Lumières qui préparèrent la Révolution française méprisaient tout naturellement les Juifs: ils voyaient en eux les survivants du Moyen Age, les odieux agents financiers de l’aristocratie.” (p.110)

 

 “Les cléricaux se trouvant dans le camp antisémite, les socialistes français se déclarèrent finalement contre la propagande antisémite au moment de l’affaire Dreyfus.  Jusque là, les mouvements de gauche français du 19e siècle avaient été ouvertement antisémites.  Ils ne faisaient que suivre en cela la tradition des philosophes du 18e siècle, à l’origine du libéralisme et du radicalisme français, et ils considéraient leur attitude à l’égard des Juifs comme partie intégrante de leur anticléricalisme.” (p.111)

 

L’antisémitisme avait certainement gagné du terrain pendant les trois années qui suivirent l’arrestation de Dreyfus.  “La presse antisémite avait atteint un tirage comparable à celui des grands journaux (...).”

Zola publie alors J’accuse et Clémenceau des articles dans L’Aurore.

Le tribunal de Rennes ouvre la kyrielle de procès en chaîne.

La populace entre alors en action. (p.240)  “Le cri de “Mort aux Juifs” se propagea dans le pays tout entier.  A Lyon, à Rennes, à nantes, à Tours, à Bordeaux, à Clermont-Ferrand, à Marseille, partout, en fait, des émeutes antisémites éclatèrent, (...).” (p.241)

 

Max Régis, l’instigateur du pogrome d’Alger, s’était fait acclamer à Paris dans sa jeunesse par la racaille qu’il invitait à “arroser l’arbre de la liberté avec le sang des Juifs”.  Espérant arriver au pouvoir par la voie légale et parlementaire, il se fit élire maire d’Alger et se servit de ce poste pour déclencher les “pogromes au cours desquels plusieurs Juifs furent tués, des femmes attaquées et des magasins juifs pillés.” (p.243)

 

 

 

Addendum  (in : Hannah Arendt, L’impérialisme, Fayard, 1982)“Le racisme (est) la principale arme idéologique des politiques impérialistes .” (p.72)

 
C’est “en ce siècle créateur de nations et dans la pays de l’amour de l’humanité que nous devons chercher les germes de ce qui devait plus tard devenir la capacité du racisme à détruire les nations et à anihiler l’humanité.”  (p.79) “Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les fait est que ce sont les Français qui, avant les Allemands ou les Anglais, devaient insister sur cette idée fixe d’une supériorité germanique.” (p.75)

 

 

23:23 Écrit par justitia & veritas dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |